Archives de Catégorie: Humeur

Parfois le silence est d’or

Comme vous l’avez remarqué, je suis plutôt silencieux ces derniers temps, et ni ce blog ni mon Twitter ne sont tenus à jour. Que les fans et amis se rassurent cependant: j’écris toujours, et publie même mes textes. Dans un genre différent, toutefois, et sous un nom de plume que je ne dévoilerai pas.

Je tiens à séparer plus nettement qu’auparavant ma vie personnelle de ma vie professionnelle. Bien que je poursuive également la rédaction de certains projets sembables à ceux qui alimentaient ces pages, je consacre l’essentiel de mes efforts aux réalisations de cette autre identité. Outre des ventes plus nombreuses, j’y ai trouvé surtout une quiétude à laquelle j’aspirais particulièrement ces derniers mois. Dans les brumes de l’anonymat, je n’ai pas à subir les réflexions désobligeantes d’exs mégalomanes qui s’imaginent que je parle d’elles en long et en large dans mes textes.  J’y ai plus de libertés, sachant que personne ne surveille d’éventuels liens entre mes (é)crits et mon (vé)cu.

 

Poster un commentaire

Classé dans Humeur

Les requins de l’édition

C’est la semaine du requin. Mais ce prédateur ne rôde pas que dans les profondeurs maritimes, nous en trouvons malheureusement parfois dans les eaux troubles de l’édition. Il se nourrit alors des rêves d’écrivains en devenir et les dévore sans pitié. La victime du jour est Amélie Broutin, qui prise entre les mâchoires acérées d’un monstre sanguinaire, n’a eu d’autre choix que d’abandonner ses ambitions littéraires.

Les contrats abusifs sont vicieux, et j’encourage chaque apprenti auteur à relire le sien plusieurs fois avant de le signer. Être publié oui, mais pas à n’importe quel prix. Pas à celui de sa liberté. Les escrocs foisonnent, et se renseigner sur le sérieux d’une maison d’édition est une étape incontournable de la rédaction d’un livre.

Je m’étonne toujours du succès que rencontrent ces briseurs de carrière, ces brigands en costume trois pièces. Ne confiez pas vos manuscrits à des entreprises qui promettent sur leur page d’accueil fortune et gloire aux nouveaux auteurs.

À ceux qui sont tombés sous les crocs de ces bêtes affamées, je ne peux que leur envoyer toute ma sympathie et mes encouragements. Ne perdez pas espoir. Il y a toujours une solution. Ne vous avouez pas vaincus.

N’hésitez pas à partager vos expériences négatives. Plus on en parlera, plus on donnera de chances de survie aux futures proies de ces pillards.

 

Poster un commentaire

Classé dans Humeur

Qu’est-ce qu’un vrai livre?

Ah… l’odeur d’un livre tout frais! Ces machins modernes ne parviendront jamais à l’égaler. Et cette douce sensation sous les doigts… Quel meilleur écrin pour un texte que cette délicieuse rugosité?

Gardez votre objet froid et lisse, il ne prendra jamais dans mon coeur la place qu’occupent mes livres. Vous me parlez de portabilité, de pratique, mais moi je connais un plaisir sensuel que vos pâles imitations ignorent. "C’est l’avenir!" me dites-vous en me traitant sous cape de rétrograde, de technophobe. Je préfère mon présent riche en sensations à votre futur stérile.

Peu m’importe l’encombrement, j’ai assez de place chez moi pour héberger mes auteurs favoris. De toute façon, vous accumulez des livres que vous ne lirez jamais, sous couvert de facilité d’acquisition et de transport. Et puis question présentation… J’aime quand mes invités parcourent mes bibliothèques, soufflant la poussière d’un vieux livre qui trainait là depuis trop longtemps et croulent ensuite sous le poids de leurs trouvailles lorsqu’ils repartent les bras chargés de ces ouvrages que je leur prête volontiers.

Votre gadget saura-t-il conquérir le marché? Nul ne saurait le prédire. En attendant, laissez-moi à mes précieux rouleaux de parchemin enluminés, je vous laisse à vos pathétiques bouquins de papier.

Frère François

Un commentaire

Classé dans Humeur

Concurrents ou confrères?

 

On me signale, à ma grande surprise, qu’Amazon interdit à ses écrivains de commenter (en bien ou en mal) les oeuvres d’autres auteurs. Tout du moins selon une interprétation particulière des conditions affichées sur cette page. Je cite le passage sujet à interprétation: "Avis exprimés par ou au nom d’une personne ou d’une société ayant des intérêts financiers dans le produit ou dans un produit concurrent direct (y compris les commentaires d’auteurs, d’artistes, d’éditeurs, de fabricants ou d’intermédiaires marchands)".

Les auteurs sont-ils des concurrents au même titre que deux marques de voiture ou de soda? Habitué à un soda, je ne boirai pas l’autre. Fidèle à une marque d’automobiles américaines, je ne verrai jamais l’utilité de mettre les pieds dans le garage d’un concessionnaire allemand. Mais vous me parlez de livres? Mon amour pour Vian ne m’empêche pas d’acheter, lire et apprécier Gide, Asimov, King et Nothomb. Je conçois qu’il y ait de la concurrence pour les manuels pratiques, guides minceur ou autres ouvrages hors fiction, mais au sein de la littérature?

Nous autres écrivains lisons beaucoup. Nous écrivons, aussi (étonnant, hein?). Nous connaissons et aimons notre langue. Ne sommes-nous pas les mieux placés pour juger du travail d’un collègue? Amazon nous voit-il vraiment comme des loup enragés se battant l’un contre l’autre?

Quand un collègue publie un livre, ma première réaction est la curiosité. Je me positionne en client, décide si je vais le lire. Si le livre ne m’intéresse pas en tant que lecteur, la parution peut alors m’intéresser en tant qu’auteur. Si je connais l’auteur, je vais me réjouir pour lui. Si je ne le connais pas, je vais peut-être chercher qui dans mes amis pourrait être intéressé par son livre, ou peut-être tirer des leçons de sa manière de présenter son bébé. Mais à aucun moment je ne vais trembler et craindre qu’il ne m’ôte quelques ventes. Et quand un confrère me critique, quitte à perdre une précieuse étoile, autant que cela vienne de quelqu’un qui s’y connait un tant soit peu plutôt que d’un anonyme profane.

Amazon aurait-il peur qu’en critiquant un livre, je sois le méchant concurrent qui cherche à détourner le client du produit? Je m’abstiendrai désormais de critiquer mes confrères sur les plateformes de vente Amazon. Je laisse l’endroit aux doubles comptes, aux magouilleurs, aux achetés, aux vendus. Je critiquerai mes lectures ici et je me renseignerai sur les livres qui m’intéressent grâce aux blogs des collègues.

Et vous, comment voyez-vous les autres écrivains?

3 Commentaires

Classé dans Humeur

Les 3 romans indispensables aux auteurs

http://www.flickr.com/photos/trawin/5395595533/

Si vous demandez à dix écrivains de vous recommander trois romans, il y a une forte probabilité que vous obteniez dix réponses différentes. Il y a aussi de fortes chances qu’ils parviennent à glisser l’un de leurs écrits dans cette courte liste. Je ne suis pas à l’académie française, je ne suis jamais passé chez Pivot, mais je vous livre tout de même mon avis en la matière.

Il y a trois romans indispensables à tout auteur. Pour remplir le reste de votre bibliothèque, vous avez carte blanche. Vous êtes créatif(-ve), vous avez du goût, je vous fais confiance.

  • Le livre que vous auriez pu écrire. Peut-être le moins important de ces trois ouvrages. Il vous plaît, vous ressemble. Ce n’est peut-être pas un monument de la littérature pondu par un Immortel en costume, mais son langage rejoint celui que vous utilisez, et son succès correspond à celui que vous vous sentez apte à atteindre.
  • Le livre que vous ne parviendrez jamais à égaler. La référence en matière de ce qu’il se fait de mieux. Le langage efficace qui vous bouleverse lecture après lecture. L’oeuvre qui vous a transformé(e). Vous ne jouez pas dans la même catégorie que son auteur, qui ne jouait pas, d’ailleurs, lui. Bien en évidence dans votre bibliothèque, il vous apportera la dose d’humilité nécessaire à votre carrière et vous rappellera de ne pas vous prendre la tête. Lui et les lettres de refus des éditeurs, bien entendu.
  • Le livre que vous auriez refusé en tant qu’éditeur. Au besoin, ne gardez que celui-là. Je ne parle pas du livre bien écrit qui ne correspond pas à vos centres d’intérêt, hein, mais du torchon qui à vos yeux ne vaut pas le prix du papier sur lequel il est imprimé, celui qui sert à caler l’armoire bancale du grenier, le livre qu’on pose avec dégoût en se demandant "Mais comment peut-on vendre une merde pareille? Je suis capable d’écrire bien mieux". Plus cet ouvrage aura eu du succès, plus il sera efficace. Il vous re-motivera quand les lettres de refus s’accumuleront ou quand vous vous rendrez compte après l’envoi d’un manuscrit que vous avez oublié de retirer un terrible cliché dans votre premier chapitre. Je ne vais pas balancer de noms, mais les supermarchés regorgent de livres d’une banalité infecte. Terminer sa lecture sur "c’est alors que je me suis réveillé, ouf tout cela n’était qu’un vilain cauchemar" ou son équivalent, c’est douloureux. Apprendre que ledit ouvrage s’est vendu à plusieurs centaines de milliers d’exemplaires, c’est encourageant. Découvrir que les deux survivants d’une épopée à travers l’espace échouent après mille clichés sur une planète déserte et changent leurs noms en "Adam" et "Eve", ça vous rassure. Vous ferez mieux.

7 Commentaires

Classé dans Humeur

Ce numérique qui tue les librairies

Télérama tire la sonnette d’alarme: le livre numérique tue les librairies. Il est qualifié de "menace", comparé aux deux guerres mondiales, et les éditeurs qui osent contempler la diffusion de leurs livres chez Amazon/Apple/Google sont soupçonnés de "creuser la tombe des libraires indépendants".

Ne vous méprenez pas, j’aime parcourir les rayonnages des petites librairies de ma région, j’y ai fait de précieuses découvertes, j’en garde de merveilleux souvenirs. Je reconnais cependant que je ne vais pas y retourner à la même fréquence qu’autrefois. Les temps changent, les habitudes de vie aussi. Les garages ont remplacé les maréchaux-ferrants, les centraux téléphoniques ont remplacé les opératrices, la photographie digitale a remplacé l’argentique, le livre numérique remplacera peut-être le livre en papier. On peut le regretter, prétendre que c’était mieux autrefois, mais si le livre numérique s’impose, ce sera parce qu’il répondra aux attentes du plus grand nombre.

Le plus grand défaut de l’article, cependant: confondre distributeur numérique avec ennemi de l’indépendance. Les librairies indépendantes purement numériques ont un bel avenir devant elles, et doivent bien rire des piteux arguments des réactionnaires de Télérama.

Et puis franchement, Télérama qui s’érige en défenseur de la tradition écrite, ça laisse un petit goût de farce.

Poster un commentaire

Classé dans Humeur