Ce numérique qui tue les librairies

Télérama tire la sonnette d’alarme: le livre numérique tue les librairies. Il est qualifié de “menace”, comparé aux deux guerres mondiales, et les éditeurs qui osent contempler la diffusion de leurs livres chez Amazon/Apple/Google sont soupçonnés de “creuser la tombe des libraires indépendants”.

Ne vous méprenez pas, j’aime parcourir les rayonnages des petites librairies de ma région, j’y ai fait de précieuses découvertes, j’en garde de merveilleux souvenirs. Je reconnais cependant que je ne vais pas y retourner à la même fréquence qu’autrefois. Les temps changent, les habitudes de vie aussi. Les garages ont remplacé les maréchaux-ferrants, les centraux téléphoniques ont remplacé les opératrices, la photographie digitale a remplacé l’argentique, le livre numérique remplacera peut-être le livre en papier. On peut le regretter, prétendre que c’était mieux autrefois, mais si le livre numérique s’impose, ce sera parce qu’il répondra aux attentes du plus grand nombre.

Le plus grand défaut de l’article, cependant: confondre distributeur numérique avec ennemi de l’indépendance. Les librairies indépendantes purement numériques ont un bel avenir devant elles, et doivent bien rire des piteux arguments des réactionnaires de Télérama.

Et puis franchement, Télérama qui s’érige en défenseur de la tradition écrite, ça laisse un petit goût de farce.

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Le Waldgänger, testostérone numérique

J’ai enfin lu l’e-book dont tout le monde parle actuellement. Le Waldgänger, par Jeff Balek, nous emmène dans un cortège de sensations et d’action virile. Ce thriller fantastique, par le charme de sa brute qui agit avant de réfléchir, m’a séduit. La découverte de ses pouvoirs entraine le superhéros en devenir dans un torrent de questions existentielles. Apparemment inadapté au monde normal, son seul espoir de cohérence avec la réalité réside dans l’adaptation à ses nouvelles ressources. Tout apprentissage comporte des phases sombres cependant, et le Waldgänger n’échappe pas à cette règle. Il commet des erreurs, mais n’abandonne pas la lutte, épaulé dans sa tâche par un mystérieux mentor.

Voilà pour ce qui en est de l’intrigue. Au niveau du style d’écriture, je dois admettre qu’il a freiné ma plongée dans le récit. La surabondance des points de suspension dans l’introduction et la rareté des verbes dans l’ouvrage ont quelque peu miné mon enthousiasme. Ça et la fille du héros qui se fait “entuber” plutôt qu’intuber à l’hôpital. Mais ne chipotons pas; la suite figure sur ma (longue) liste d’achats.

Le Waldgänger, premier épisode, est disponible gratuitement sur Itunes et Immateriel.fr.

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Fierté du jour et appel aux auteurs encore trop obscurs.

Je relis ce matin un manuscrit que j’ai mis en pause il y a quelques mois. L’intrigue et les personnages ne supportent plus la solitude et réclament à nouveau toute mon attention. Afin de ne pas trop les malmener, je relis les quelques 35’000 mots de cette ébauche. Devrais-je le taire? J’ai éprouvé une fierté immense, une satisfaction sans bornes. Ça déchire juste trop grave, comme diraient certains qui feraient mieux de justement moins le dire. Oh certes, je vois les défauts, les innombrables fautes de frappe, les incohérences, les clichés, mais au-delà, j’aperçois l’ombre d’un texte magnifique. Je me remémore alors les points-clés de l’intrigue à venir, les secrets des différents protagonistes, et je jubile. Je piaffe d’impatience, aussi.

D’un autre côté, je vois que le texte dont j’étais également si fier et que j’ai publié il y a quelques jours ne se lit pas encore, ou si peu. On ne parle pas de ventes, hein, mais bien de simples lectures. L’ampleur de la tâche à laquelle se retrouve confronté chaque auteur autoédité m’impressionne. Me vendre n’a jamais été mon fort. Mendier, réclamer l’attention, bonimenter la foule des maniaques du clic? Est-ce nécessaire?

Comment trouver le juste milieu entre la nonchalance orgueilleuse, qui attend que le lecteur soit guidé jusqu’à son livre par le simple fumet du génie et la ritournelle harcelante du commercial qui se construit une clientèle par l’usure?

Amis auteurs susceptibles de lire ce billet, vous qui rencontrez peut-être les mêmes difficultés, que diriez-vous d’un échange de bons procédés? Lisez mon livre, parlez-en (honnêtement, sans en masquer le moindre défaut, après tout, comme on dit dans la presse, “Qu’on en parle en bien, qu’on en parle en mal, l’important c’est qu’on en parle!”) sur votre blog, et j’agirai de même avec le vôtre. Un exemplaire du roman sera bien entendu remis gratuitement aux premiers intéressés.

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Histoire d’un titre

Writing! de Markus Rödder, cc by-nd

“Promotion borgne” n’a pas toujours porté ce nom. Lors de la rédaction, des premières corrections, des premiers commentaires des bêta-lecteurs, il se nommait “Borgne-Roi”. Allusion, bien sûr, par rapport au fameux proverbe “Au royaume des aveugles, les borgnes sont rois”. Les personnages de mon livre sont presque tous littéralement aveugles. Certains depuis leur naissance, d’autres depuis peu. Le “héros” (au sens large du terme, parce que le pauvre aurait bien besoin parfois de courage, de force et toutes les autres caractéristiques typiques des sauveurs de mondes) a gardé sa vue, mais ses faiblesses, ses manques le classent dans les borgnes.

Féru de jeux de mots, bien que cela ne transparaisse pas dans l’ouvrage, j’ai temporairement affublé mon ouvrage des titres de “Les borgnes sont froids”, ainsi que “La nuit tue les gars sans cris”, mais cela collerait plus à un polar qu’à un roman post-apocalyptique contemporain.

Pourquoi avoir choisi “Promotion borgne” comme titre final? A cause de la multiplicité des sens:

  1. “Promotion borgne”, c’est l’élévation d’un quidam anonyme, d’un raté, au rang de chef, promu là par d’anciens handicapés dont les infirmités d’hier sont la force d’aujourd’hui.
  2. “Promotion borgne”, c’est aussi une école de la vie, une classe dans laquelle les participants sont tour à tour profs ou élèves de leur promotion.
  3. “Promotion borgne”, enfin, c’est le pari fou d’un écrivain mal à l’aise dans son costume de vendeur de voitures, qui assure la promotion de son livre au gré de son inspiration, sans plan marketing.

Promotion borgne est disponible en téléchargement sur Smashwords et Amazon

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2e extrait de Promotion borgne

Samedi 4 septembre, 8h07.

Il avait plu toute la nuit, et Nicolas avait peu dormi. Ils avaient discuté de la proposition de Sophie, et en avaient beaucoup ri. Ils avaient eu un instant de complicité,et il aurait eu envie de plus, mais Marie-Claire ne voulait pas le toucher. Une fois les rires passés, il avait eu l’impression de l’embêter. Elle s’ennuyait à ses côtés, ce n’était pas nouveau, mais après tout elle savait dès le début à quoi s’attendre avec lui. Il ne lui avait jamais promis une vie exaltante. Il se savait doué dans bien des domaines, mais était conscient de ses limites en communication. Nicolas ne savait pas exprimer ses besoins, ses envies, à ceux qui comptaient à ses yeux. La frustration l’avait tenu éveillé longtemps.

Marie-Claire se lavait dans une grande bassine en inox, au rez-de-chaussée. Le bruit de l’eau rappelait à Nicolas que sa compagne était nue dans la cuisine au lieu de l’être dans ses bras. Il tapa du poing contre le matelas immaculé.

Il allait se lever, enfiler ses chaussures et la rejoindre. Il lui dirait un mot tendre et lui caresserait l’épaule en attendant qu’elle chasse sa main en soupirant.

Distante depuis quelques semaines, Marie-Claire semblait d’avantage tolérer sa présence à ses côtés depuis la Catastrophe. Profiter de la fin du monde pour assouvir ses désirs mettait Nicolas mal à l’aise, mais cependant pas assez pour qu’il y renonce.

Ses baskets au pieds, il descendit l’escalier empoussiéré et avança vers son aimée en essayant de ne pas trop la regarder.

Ses seins généreux bondissaient, sa peau luisante d’eau savonneuse réclamait le contact de sa paume.

Je peux venir?

Elle haussa les épaules.

Tant que tu n’en profites pas pour me tripoter, oui.

Tout de même, nous sommes fiancés…

Et alors? Ce n’est pas ça qui te donne le droit de me peloter si moi je n’en ai pas envie!

Marie-Claire se retourna et se frotta les cuisses et les genoux.

Bien entendu, mais…

Il n’y a pas de “mais” qui tienne! Ce n’est pas non plus parce que toutes les filles du coin rêvent que tu les sautes que je dois me comporter comme elles.

Tu vaux mieux qu’elles, oui, il n’y a pas de comparaison possible.

Tout sourire, à présent, elle s’accroupit et entreprit de se rincer.

Aide-moi, je ne sais jamais s’il reste du savon, et j’ai horreur d’en laisser.

Nicolas ramassa une des carafes que sa compagne avait préparées et la renversa sur les épaules couvertes de mousse de la jeune baigneuse. L’eau cascadait le long du dos de Marie-Claire, se divisait en torrents sinueux à la hauteur de ses hanches et fesses et tombait en pluie dans la bassine.

Elles sont belles, ces filles ?

Il plissa les lèvres. Sophie avait un corps de rêve, et un visage à ne plus jamais vouloir se réveiller. Les autres étaient plutôt jolies, sans avoir la beauté renversante de leur amie. Ne valait-il mieux pas minimiser leur attrait ? Qui la détromperait ? Un mensonge sans risque.

Elles n’ont rien d’extraordinaire…

D’un autre côté, si Marie-Claire se sentait menacée, il y avait des chances qu’elle le respecte et le ménage un peu plus.

…Enfin à part Sophie, qui est vraiment superbe. Ses copines sont magnifiques, mais elles ne lui arrivent pas à la cheville.

Les traits de Marie-Claire se durcirent. Elle saisit la serviette qu’elle avait accrochée à une poignée de fenêtre et s’essuya avec énergie.

Pourquoi alors as-tu refusé de coucher avec elle ?

Avait-elle toujours été autant superficielle ?

Parce que je t’aime, voyons. Et il n’y a pas que le physique qui compte, tu le sais bien.

Je ne supporterais pas que tu me trompes.

Ces filles ne m’intéressent pas.

Mais toi tu les intéresses. Tu es devenu quelqu’un, maintenant.

Personne que je n’étais pas déjà auparavant.

Mais la Catastrophe t’a changé. Elle t’a rendu précieux, non, fort, non, surhumain !

Elle ne m’a rien fait. C’est vous qu’elle a changé. Je suis resté le même.

Marie-Claire secoua la tête en grimaçant.

Non. Tu n’es plus pareil. Et tant mieux. Tu commences à prendre les choses en main.

Elle étendit sa serviette sur le bord de la fenêtre entrouverte et enfila une robe à motifs fleuris.

C’est toi qui devrais être notre chef.

Promotion borgne, extrait du chapitre 9

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Extrait de Promotion borgne

Dimanche 29 août, année de la Catastrophe, 23h51.

Perrique passa en revue les événements de la soirée. Ils n’avaient finalement pas eu besoin de beaucoup de temps pour aménager la grange, quasiment vide. Marie-Claire et son compagnon leur avaient fourni des couvertures en quantité, ainsi que de grands coussins. Le repas s’était déroulé sans heurts, dans le silence.

Le professeur et ses élèves se préparaient maintenant à dormir en chuchotant par petits groupes. Chacun avait son opinion sur le couple qui occupait la maison voisine. Sophie n’y voyait que des gens absolument charmants, Mme Steiner des personnages dont il fallait se méfier, et Roberto n’avait aucune opinion, si ce n’est qu’il regrettait l’absence de viande au repas par ailleurs délicieux qu’ils avaient partagé.

Allons nous coucher! Je ne sais pas à quel jeu jouent nos deux amis, mais nous le découvrirons bien assez tôt, dit Perrique en s’allongeant sur une couverture rugueuse.

Oui, s’ils ne se débarrassent pas de nous avant, répondit Mme Steiner.

Oh, un peu de sérieux, je crois qu’ils sont suffisamment intelligents pour se rendre compte des avantages que nous pouvons leur apporter. Les temps s’annoncent incertains, les plus débrouillards ont tout intérêt à s’assembler.

Ils se débrouillent beaucoup mieux que nous, monsieur Perrique, je suis pas certaine qu’ils aient besoin de quiconque.

Que voulez-vous dire, Mme Steiner?

Je crois que nos jeunes amis, comme vous les appelez, n’ont pas été touchés par la Catastrophe, et qu’ils y voient très bien.

Perrique se redressa, s’assit, les bras autour de ses genoux.

Cette possibilité m’a traversé l’esprit, mais il est plus probable qu’il ne s’agisse que d’une ruse de leur part, pour nous impressionner. Souvenez-vous de ce qu’a annoncé la radio, à plusieurs reprises: personne n’a été épargné.

La radio peut se tromper, monsieur.

Quoi qu’ils nous cachent, et quelle qu’en soit la raison, nous les démasquerons.

Vous voulez leur tendre un piège, vous voulez dire?

Je n’ai jamais dit cela, mais l’idée est intéressante.

Promotion borgne, extrait du chapitre 6

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Parution de Promotion borgne

Promotion borgne est en vente sur Amazon. Pour partir à la conquête des autres boutiques, un ISBN serait des plus utiles, mais malheureusement ce genre d’animal coûte cher dans mon beau pays.

L’adaptation du manuscrit au format du Kindle (.prc/.mobi) a pris toute la matinée d’hier, et je ne suis pas entièrement satisfait des résultats. La version au format epub me semble plus convaincante, mais personne ne la distribue encore.

La couverture représente le sommet de la grande fontaine, à La Chaux-de-Fonds, d’après une photo que j’ai prise l’été passé.

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