2e extrait de Promotion borgne

Samedi 4 septembre, 8h07.

Il avait plu toute la nuit, et Nicolas avait peu dormi. Ils avaient discuté de la proposition de Sophie, et en avaient beaucoup ri. Ils avaient eu un instant de complicité,et il aurait eu envie de plus, mais Marie-Claire ne voulait pas le toucher. Une fois les rires passés, il avait eu l’impression de l’embêter. Elle s’ennuyait à ses côtés, ce n’était pas nouveau, mais après tout elle savait dès le début à quoi s’attendre avec lui. Il ne lui avait jamais promis une vie exaltante. Il se savait doué dans bien des domaines, mais était conscient de ses limites en communication. Nicolas ne savait pas exprimer ses besoins, ses envies, à ceux qui comptaient à ses yeux. La frustration l’avait tenu éveillé longtemps.

Marie-Claire se lavait dans une grande bassine en inox, au rez-de-chaussée. Le bruit de l’eau rappelait à Nicolas que sa compagne était nue dans la cuisine au lieu de l’être dans ses bras. Il tapa du poing contre le matelas immaculé.

Il allait se lever, enfiler ses chaussures et la rejoindre. Il lui dirait un mot tendre et lui caresserait l’épaule en attendant qu’elle chasse sa main en soupirant.

Distante depuis quelques semaines, Marie-Claire semblait d’avantage tolérer sa présence à ses côtés depuis la Catastrophe. Profiter de la fin du monde pour assouvir ses désirs mettait Nicolas mal à l’aise, mais cependant pas assez pour qu’il y renonce.

Ses baskets au pieds, il descendit l’escalier empoussiéré et avança vers son aimée en essayant de ne pas trop la regarder.

Ses seins généreux bondissaient, sa peau luisante d’eau savonneuse réclamait le contact de sa paume.

Je peux venir?

Elle haussa les épaules.

Tant que tu n’en profites pas pour me tripoter, oui.

Tout de même, nous sommes fiancés…

Et alors? Ce n’est pas ça qui te donne le droit de me peloter si moi je n’en ai pas envie!

Marie-Claire se retourna et se frotta les cuisses et les genoux.

Bien entendu, mais…

Il n’y a pas de « mais » qui tienne! Ce n’est pas non plus parce que toutes les filles du coin rêvent que tu les sautes que je dois me comporter comme elles.

Tu vaux mieux qu’elles, oui, il n’y a pas de comparaison possible.

Tout sourire, à présent, elle s’accroupit et entreprit de se rincer.

Aide-moi, je ne sais jamais s’il reste du savon, et j’ai horreur d’en laisser.

Nicolas ramassa une des carafes que sa compagne avait préparées et la renversa sur les épaules couvertes de mousse de la jeune baigneuse. L’eau cascadait le long du dos de Marie-Claire, se divisait en torrents sinueux à la hauteur de ses hanches et fesses et tombait en pluie dans la bassine.

Elles sont belles, ces filles ?

Il plissa les lèvres. Sophie avait un corps de rêve, et un visage à ne plus jamais vouloir se réveiller. Les autres étaient plutôt jolies, sans avoir la beauté renversante de leur amie. Ne valait-il mieux pas minimiser leur attrait ? Qui la détromperait ? Un mensonge sans risque.

Elles n’ont rien d’extraordinaire…

D’un autre côté, si Marie-Claire se sentait menacée, il y avait des chances qu’elle le respecte et le ménage un peu plus.

…Enfin à part Sophie, qui est vraiment superbe. Ses copines sont magnifiques, mais elles ne lui arrivent pas à la cheville.

Les traits de Marie-Claire se durcirent. Elle saisit la serviette qu’elle avait accrochée à une poignée de fenêtre et s’essuya avec énergie.

Pourquoi alors as-tu refusé de coucher avec elle ?

Avait-elle toujours été autant superficielle ?

Parce que je t’aime, voyons. Et il n’y a pas que le physique qui compte, tu le sais bien.

Je ne supporterais pas que tu me trompes.

Ces filles ne m’intéressent pas.

Mais toi tu les intéresses. Tu es devenu quelqu’un, maintenant.

Personne que je n’étais pas déjà auparavant.

Mais la Catastrophe t’a changé. Elle t’a rendu précieux, non, fort, non, surhumain !

Elle ne m’a rien fait. C’est vous qu’elle a changé. Je suis resté le même.

Marie-Claire secoua la tête en grimaçant.

Non. Tu n’es plus pareil. Et tant mieux. Tu commences à prendre les choses en main.

Elle étendit sa serviette sur le bord de la fenêtre entrouverte et enfila une robe à motifs fleuris.

C’est toi qui devrais être notre chef.

Promotion borgne, extrait du chapitre 9

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