Feu les femmes

illustration de ma nouvelle Feu les Femmes, science-fiction un brin misogyne

Licence: CC BY-NC-ND, F. A. Wisard

Voici un extrait d’une de mes dernières nouvelles. Le texte intégral en sera publié dans un recueil à paraître prochainement sous forme électronique uniquement, n’en déplaise au Collectif des 451.

Rassa-751 essuya le dernier carreau du dôme géodésique et contempla le ciel étoilé. Autour de l’un de ces nombreux astres, par là-bas au fond près de la constellation du Regret, sauf erreur, gravitait la Terre, berceau de l’humanité. Il ne s’y était jamais rendu, au grand désarroi de sa famille qui considérait ce pèlerinage comme une étape essentielle de la vie d’un homme. Rassa-751 estimait lui que les traditions ne valaient pas qu’il leur sacrifie quatre ans de sa vie. Passer tout ce temps congelé pour aller se balader quelques jours au milieu de vieilles ruines n’avait pour lui aucun attrait. Des vestiges du passé, il y en avait aussi sur Kepplera, même s’ils n’avaient pas plus de douze mille ans, eux. Libre aux autres de renoncer à dix pour-cent de leur espérance de vie, lui tenait à profiter de chaque instant.

— Papax ! cria son garçonnet en lui sautant dans les bras. Papay m’a dit que tu nettoyais la coupole.

Son fils, un petit blondinet joufflu nommé Temi-24, venait d’avoir six ans et remplissait de fierté ses deux pères. Il absorbait les programmes du casque d’enseignement sans jamais broncher et avait obtenu d’excellents résultats aux examens : cinquième, sur les deux cent vingt-sept élèves de son âge que comptait la planète. Studieux, il savait également s’amuser et rêver.

— Et pourquoi donc me cherchais-tu, fiston ? demanda Rassa-751 en ébouriffant la chevelure dorée de son enfant.

— Je voulais encore entendre des légendes de quand les hommes habitaient tous ensemble et se battaient contre les monstres et les maladies.

Rassa-751 posa son chiffon et s’assit sur le gazon synthétique. Temi-24 vint se poser sur les jambes entrecroisées de son père et le fixa de ses grands yeux bleus, attendant sagement qu’il commence son récit.

— Voyons, je me rappelle t’avoir parlé des géants, de la peste et des dragons, mais t’ai-je déjà raconté l’histoire de ces êtres fabuleux qui auraient vécu parmi nous avant que nous ne colonisions l’univers ?

— Les vampires ? demanda le bambin en retroussant ses lèvres sur ses canines arrondies.

— Non, je parle d’une créature plus inquiétante encore, plus cruelle : la femme.

Qu’est-ce qu’un vrai livre?

Ah… l’odeur d’un livre tout frais! Ces machins modernes ne parviendront jamais à l’égaler. Et cette douce sensation sous les doigts… Quel meilleur écrin pour un texte que cette délicieuse rugosité?

Gardez votre objet froid et lisse, il ne prendra jamais dans mon coeur la place qu’occupent mes livres. Vous me parlez de portabilité, de pratique, mais moi je connais un plaisir sensuel que vos pâles imitations ignorent. « C’est l’avenir! » me dites-vous en me traitant sous cape de rétrograde, de technophobe. Je préfère mon présent riche en sensations à votre futur stérile.

Peu m’importe l’encombrement, j’ai assez de place chez moi pour héberger mes auteurs favoris. De toute façon, vous accumulez des livres que vous ne lirez jamais, sous couvert de facilité d’acquisition et de transport. Et puis question présentation… J’aime quand mes invités parcourent mes bibliothèques, soufflant la poussière d’un vieux livre qui trainait là depuis trop longtemps et croulent ensuite sous le poids de leurs trouvailles lorsqu’ils repartent les bras chargés de ces ouvrages que je leur prête volontiers.

Votre gadget saura-t-il conquérir le marché? Nul ne saurait le prédire. En attendant, laissez-moi à mes précieux rouleaux de parchemin enluminés, je vous laisse à vos pathétiques bouquins de papier.

Frère François

Ce numérique qui tue les librairies

Télérama tire la sonnette d’alarme: le livre numérique tue les librairies. Il est qualifié de « menace », comparé aux deux guerres mondiales, et les éditeurs qui osent contempler la diffusion de leurs livres chez Amazon/Apple/Google sont soupçonnés de « creuser la tombe des libraires indépendants ».

Ne vous méprenez pas, j’aime parcourir les rayonnages des petites librairies de ma région, j’y ai fait de précieuses découvertes, j’en garde de merveilleux souvenirs. Je reconnais cependant que je ne vais pas y retourner à la même fréquence qu’autrefois. Les temps changent, les habitudes de vie aussi. Les garages ont remplacé les maréchaux-ferrants, les centraux téléphoniques ont remplacé les opératrices, la photographie digitale a remplacé l’argentique, le livre numérique remplacera peut-être le livre en papier. On peut le regretter, prétendre que c’était mieux autrefois, mais si le livre numérique s’impose, ce sera parce qu’il répondra aux attentes du plus grand nombre.

Le plus grand défaut de l’article, cependant: confondre distributeur numérique avec ennemi de l’indépendance. Les librairies indépendantes purement numériques ont un bel avenir devant elles, et doivent bien rire des piteux arguments des réactionnaires de Télérama.

Et puis franchement, Télérama qui s’érige en défenseur de la tradition écrite, ça laisse un petit goût de farce.