Qu’est-ce qu’un vrai livre?

Ah… l’odeur d’un livre tout frais! Ces machins modernes ne parviendront jamais à l’égaler. Et cette douce sensation sous les doigts… Quel meilleur écrin pour un texte que cette délicieuse rugosité?

Gardez votre objet froid et lisse, il ne prendra jamais dans mon coeur la place qu’occupent mes livres. Vous me parlez de portabilité, de pratique, mais moi je connais un plaisir sensuel que vos pâles imitations ignorent. « C’est l’avenir! » me dites-vous en me traitant sous cape de rétrograde, de technophobe. Je préfère mon présent riche en sensations à votre futur stérile.

Peu m’importe l’encombrement, j’ai assez de place chez moi pour héberger mes auteurs favoris. De toute façon, vous accumulez des livres que vous ne lirez jamais, sous couvert de facilité d’acquisition et de transport. Et puis question présentation… J’aime quand mes invités parcourent mes bibliothèques, soufflant la poussière d’un vieux livre qui trainait là depuis trop longtemps et croulent ensuite sous le poids de leurs trouvailles lorsqu’ils repartent les bras chargés de ces ouvrages que je leur prête volontiers.

Votre gadget saura-t-il conquérir le marché? Nul ne saurait le prédire. En attendant, laissez-moi à mes précieux rouleaux de parchemin enluminés, je vous laisse à vos pathétiques bouquins de papier.

Frère François

Ce numérique qui tue les librairies

Télérama tire la sonnette d’alarme: le livre numérique tue les librairies. Il est qualifié de « menace », comparé aux deux guerres mondiales, et les éditeurs qui osent contempler la diffusion de leurs livres chez Amazon/Apple/Google sont soupçonnés de « creuser la tombe des libraires indépendants ».

Ne vous méprenez pas, j’aime parcourir les rayonnages des petites librairies de ma région, j’y ai fait de précieuses découvertes, j’en garde de merveilleux souvenirs. Je reconnais cependant que je ne vais pas y retourner à la même fréquence qu’autrefois. Les temps changent, les habitudes de vie aussi. Les garages ont remplacé les maréchaux-ferrants, les centraux téléphoniques ont remplacé les opératrices, la photographie digitale a remplacé l’argentique, le livre numérique remplacera peut-être le livre en papier. On peut le regretter, prétendre que c’était mieux autrefois, mais si le livre numérique s’impose, ce sera parce qu’il répondra aux attentes du plus grand nombre.

Le plus grand défaut de l’article, cependant: confondre distributeur numérique avec ennemi de l’indépendance. Les librairies indépendantes purement numériques ont un bel avenir devant elles, et doivent bien rire des piteux arguments des réactionnaires de Télérama.

Et puis franchement, Télérama qui s’érige en défenseur de la tradition écrite, ça laisse un petit goût de farce.